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Interview du docteur Dr Joëlle Adrien, Neurobiologiste directeur de recherches à l’Inserm

Joëlle Adrien

Joëlle Adrien

Bonjour docteur Adrien, Pourriez-vous vous présenter à mes lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je suis neurobiologiste, directeur de recherches à l’Inserm et spécialiste du sommeil. Je préside l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance qui organise chaque année une Journée nationale du sommeil.
Cette année, nous nous intéressons tout particulièrement à l’impact de l’utilisation des nouvelles
technologies sur le sommeil des Français.

Pourquoi cette journée dédié au sommeil et aux nouvelles technologies ?

Les nouvelles technologies ont envahi notre vie, nos chambres à coucher et parfois notre lit. Nous avons voulu étudier l’ampleur réelle de ce « compagnonnage » vespéral et nocturne ainsi que son incidence éventuelle sur le sommeil et la vigilance. De fait, cet envahissement est important puisque 4 français sur 10 utilisent un ordinateur, tablette ou smartphone dans leur lit avant de dormir, souvent pendant plus d’une heure et parfois plus de 2 heures.

Cette habitude est associée à une augmentation des troubles du sommeil et à de la somnolence dans la journée. Par ailleurs, un nombre croissant de Français, 2/10, gardent leur téléphone en fonctionnement près d’eux pendant la nuit, c’est-à-dire sont susceptibles d’être réveillés par des messages. Le fait de ne pas se déconnecter le soir ou, pire, la nuit empêche de se ménager un espace de calme nécessaire à un bon sommeil.

Est-il vrai que les français connaissent de plus en plus de problèmes liés à leur sommeil quotidien ?

Les Français, comme dans tous les autres pays industrialisés, ont tendance à penser qu’il y a mieux à faire que de dormir. Le changement, par rapport à 30 ou 40 ans, est que les sollicitations le soir et la nuit sont de plus en plus nombreuses et augmentées par les nouvelles technologies. En plus, la société actuelle nous demande d’être performant dans la journée et souvent à des horaires décalés par rapport au rythme conventionnel.

Donc, au quotidien, les Français ne dorment pas suffisamment: en moyenne, 7h05 les jours de travail et 8h10 les jours de repos. Ceux qui dorment le moins pendant la semaine vont dormir 1h30 en plus pendant le week-end, ce qui montre l’ampleur de leur manque de sommeil. Les Français les plus impactés par les nouvelles technologies le soir sont les jeunes jusqu’à 34 ans et surtout la tranche 18-24 ans qui, de ce fait, sont plus somnolents pendant la journée.

Votre mot de la fin ?

Il faut apprendre à respecter son besoin de sommeil car le cerveau et l’organisme y effectuent un travail essentiel. Pour que cette tâche soit réalisée correctement, il est nécessaire de se ménager un espace et un temps « préservé » du monde extérieur. La recommandation est donc de se déconnecter des nouvelles technologies 1h30 environ avant l’heure du coucher et de ne pas garder son téléphone en fonctionnement près de soi la nuit. On préserve son espace personnel le soir et la nuit, et on respecte également celui des autres en évitant de leur envoyer des messages le soir tard ou en pleine nuit.

Un guide de la « bonne utilisation » des nouvelles technologies pour préserver son sommeil doit surtout être adressé aux jeunes générations ainsi qu’aux parents et éducateurs car les jeunes, dès l’adolescence, sont les plus exposés et le seront de plus en plus.

Propos recueillis par Laurent Amar

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