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Interview d’Alain Nicole, Directeur Générale des maisons connectées Plurial Novilia

 

Alain NICOLE

Alain NICOLE

Pourriez-vous vous présenter à mes lecteurs et nous présenter la société Plurial Novilia ?

PLURIAL NOVILIA est la 1ère ESH de Champagne Ardenne, et la 4ème ESH sous gouvernance Action
Logement. Notre gérons plus de 33 000 logements à la fois dans le Grand Est, notre territoire historique où nous sommes implantés depuis plus de 75 ans, et en Île-de-France où nous concentrons nos efforts depuis plusieurs années pour accompagner les collectivités confrontées à de plus en plus de tensions sur le marché du logement.

Nous nous définissons comme un acteur majeur de l’habitat social innovant : nous agissons dans le cadre de la construction de logement social, mais nous avons toujours eu l’ambition d’aller plus loin et de sortir le secteur du carcan dans lequel certains voudraient l’enfermer. Nous nous efforçons de donner du sens à « l’innovation », un terme très souvent utilisé comme argument marketing mais derrière lequel se cache souvent beaucoup de vide.

Pour ce faire, nos équipes (375 salariés, 13 agences de proximité) s’appuient sur la complémentarité de leurs métiers pour d’apporter des réponses à la fois rapides, pertinentes et innovantes à l’ensemble des problématiques « logement » rencontrées dans les territoires : aménagement, construction, réhabilitation, gestion locative, accession à la propriété, animation, création de lien social…

Comment est né le projet des Maisons Connectées® / le projet KONEKTI ?

Comme beaucoup de projets, KONEKTI est né d’une rencontre – ici en l’occurrence de plusieurs rencontres. Cela fait plusieurs années que nous accompagnons la ville de Bezannes dans ses projets d’aménagement et de développement urbain. Nous avons avec son Maire, Jean-Pierre Belfie, et ses équipes non seulement une relation de confiance, mais surtout une vision commune de ce que doit être l’habitat de demain : un habitat innovant, adapté aux usagers, et évolutif dans le temps.

A travers KONEKTI, nous avons voulu pousser cette réflexion commune plus loin, aller jusqu’au bout de l’innovation en imaginant un laboratoire expérimental en conditions réelles. La parcelle dont la ville disposait nous a permis d’imaginer un projet à 3 volets : 2 Maisons Connectées® d’abord, où les dernières techniques de pointe seraient mise au service des usages ; il y a ensuite Bezannes Esperanto, 5 maisons s’inspirant chacune d’un continent et imaginée par un architecte différent mais avec un vrai souci de cohérence d’ensemble ; et enfin un immeuble collectif plus classique mais qui viendrait d’une certaine manière faire la synthèse, sur le plan architectural notamment, de l’ensemble des autres bâtiments.

A cela s’ajoute aussi un jardin thérapeutique pour accentuer encore le volet environnemental de ce projet que nous avons voulu exemplaire à tous les niveaux.
L’autre rencontre qui a façonné le projet tel qu’il est aujourd’hui, c’est celle avec les architectes :
Bruno Rollet pour les Maisons Connectées® et l’immeuble collectif d’abord, puis les 5 architectes de Bezannes Esperanto.
Nous avons cherché des architectes basés sur chacun des 5 continents tout en étant francophones : cela nous permet d’élargir nos horizons et nos perspectives, d’enrichir notre réflexion en piochant dans toutes ces cultures. Bien sûr, cela demande du temps, de la coordination, beaucoup de dialogue. Mais c’est un travail absolument passionnant.

Enfin, la dernière rencontre est celle avec les partenaires techniques du projet, locaux et nationaux. Car une fois les contours dessinés, les ambitions fixées, il a fallu réunir autour de la table toutes les compétences pour parvenir à nos fins. C’est une fois le « casting » établi qu’a réellement pu démarrer KONEKTI et notamment le volet des Maisons Connectées® qui est, à bien des égards, le plus innovant sur le plan technique et technologique.

Avec quels partenaires développez-vous les technologies inhérentes à ces maisons ?

Nos partenaires sont au nombre de 15, allant de la start-up locale spécialisée dans les systèmes de récupération instantanée des eaux usées, jusqu’aux « géants » comme EDF ou Schneider Electric, en passant par le groupe médical Courlancy qui nous accompagne sur tout le volet « domomédecine » de la Maison 2+1.
Notre logique a été assez simple : aller chercher les entreprises les plus innovantes pour proposer le projet le plus abouti possible, avec tout de même une volonté appuyée de mettre en lumière l’innovation locale. En tant qu’acteur implanté en Champagne-Ardenne depuis longtemps, nous savons que notre territoire regorge de talents, et nous avons voulu mettre ceux-ci à l’honneur.

D’ailleurs, nous avons déjà travaillé avec la plupart de ces partenaires sur d’autres projets : mais les Maisons Connectées® est l’occasion pour eux de travailler de manière collaborative avec d’autres entreprises, et de trouver parfois d’autres usages à leurs solutions, plus poussés, plus adaptés au quotidien des habitants.
Le gros de la réflexion porte autour de l’intégration de ces supports à l’habitat.

Il ne s’agit pas d’accumuler les dispositifs et les matériaux innovants, mais bien de les faire interagir, de les intégrer très en amont dans la conception du bâti pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. Tout le volet « télémédecine » notamment a été mené de concert avec des spécialistes de la santé, des techniciens et bien sûr l’architecte. Parfois, c’est la conception du bâtiment qui a été repensée selon les besoins et les dispositifs ; et parfois au contraire, c’est le bâtiment qui a dicté le choix d’une technique ou d’un matériau.

C’est un échange permanent entre l’architecte et les partenaires, sous la coordination étroite de nos équipes – d’une certaine manière, c’est la co-conception (et bientôt la co-construction) dans ce qu’elle a de plus pur.

Quand seront-elles « habitables » et y aura-t-il des utilisateurs tests ?

La livraison des deux Maisons Connectées® est prévue pour le dernier trimestre 2018. Il n’y aura pas de phase test à proprement parler, mais les 2 maisons feront office de « showroom » de l’innovation locale et nationale. Les maisons seront occupées mais serviront également à présenter le savoir-faire de nos partenaires en conditions réelles, à la fois aux collectivités ou aux professionnels des secteurs, mais également au grand public.

Nous souhaitons notamment organiser des visites pour les écoles, pour sensibiliser les plus jeunes à l’habitat innovant et aux nouveaux usages. Nous accueillerons aussi des étudiants, des professionnels de la santé… Bref, toutes celles et ceux qui pourraient être intéressés par ce laboratoire expérimental en conditions réelles.

Décrivez-nous les principales innovations en terme de connectivités de ces maisons ?

Difficile de présenter certaines innovations et pas d’autres, notamment parce qu’intrinsèquement, tout est lié. Pour la Maison 2+1, qui accueillera un couple de seniors, nous avons voulu aller au-delà de ce qui se fait habituellement en matière de domotique pour le confort et la sécurité. Si le bâtiment intègre évidemment tout un ensemble de capteurs (détecteurs de chute…), la maison sera directement reliée en téléconférence avec le service gériatrique de la Polyclinique Courlancy (située à quelques centaines de mètres seulement de la maison).
Des prises de constantes quotidiennes à distance seront possibles (prise du pouls, tension, glycémie, température…), et permettront d’instaurer un dialogue régulier entre les professionnels de santé et les patients – tout en limitant les déplacements pour tout le monde. Le suivi se fera grâce à un Dossier Médical Partagé, permettant également à la famille des patients d’avoir accès à l’ensemble des données en cas d’urgence.

Un autre volet, commun cette fois aux deux maisons, repose sur le pilotage et le suivi des consommations énergétiques journalières et/ou hebdomadaires. Nous sommes extrêmement regardants en ce qui concerne les économies d’énergie et la lutte contre le gaspillage, et avons donc intégré des dispositifs de domotique pour le pilotage de l’éclairage, des VR, du chauffage, des prises… avec programmation extrêmement poussée de scenarios, rappels en cas de dépassement de budget,
etc.

Les occupants bénéficieront d’un accompagnement pour maîtriser les dispositifs et les adapter selon leurs usages, la composition du ménage.

Pensez-vous un jour les fabriquer de façon industrielle ?

Dupliquer ces maisons, pourquoi pas, et si sur le papier, le projet semble ambitieux, nous avons énormément de travail dans la phase de conception pour lever tous les freins éventuels et rendre cette fabrication possible.
Plus globalement, l’industrialisation est une piste de travail que nous n’excluons pas. La réflexion est
relativement avancée même, de nombreux contacts sont en cours, et nous espérons pouvoir vous en
dire plus sur le sujet rapidement.

Votre mot de la fin ?

Nous sommes extrêmement fiers du travail réalisé sur les Maisons Connectées®, et plus globalement sur KONEKTI. C’est un projet exemplaire qui remet l’innovation et le collectif au cœur de la construction – et l’habitat au service des collectivités territoriales. Il ne s’agit pas seulement de sortir des sentiers battus mais bien d’imaginer d’autres modèles, d’autres manières de construire et d’habiter. L’investissement que nous réalisons actuellement, notamment en termes de temps et de réflexion, nous le faisons avec la conviction que l’habitat doit s’adapter à la société d’aujourd’hui. Il doit être plus souple, plus évolutif, plus adapté à ses occupants, plus connecté évidemment.

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